Acceptons l'idée, absurde par définition, mais acceptons l'idée de l'existence de ce dieu unique, créateur du ciel et de la terre, de l'univers tout entier.

 

Acceptons l'idée saugrenue que nous autres les humains, nous sommes ses créatures, modelées à son image dans un peu de glaise. Il ne nous est d'ailleurs pas précisé avec quoi il a fabriqué le reste de l'univers. Pensée magique peut être. Bref fatigué sans doute, il prend un peu de poussière, crache et souffle dessus et nous voilà !

 

Puisque créés à l'image de ce dieu parfait, nous sommes la perfection divine. Chacun d'entre nous, à l'image de dieu est parfait. Dieu nous le confirme. Tellement satisfait de lui-même et de son œuvre, il nous recommande de croître et de nous multiplier, ce que nous ne manquons pas de faire. Nous délégant ses pouvoirs, il a fait de nous les monarques absolus de la création. Nous régnons en son nom et selon ses consignes, sur la terre comme au ciel, omnipotents, omniprésents, omniscients.

 

Pourtant regardons-nous.

 

Regardons-nous, c'est à dire observons cette humanité grouillante, comme une tas d'asticots dévastateurs, à laquelle nous appartenons. Tout semble, dans la nature, parfaitement en place sauf l'homme. Il n'est pas vraiment fini. Dieu n'a pas achevé le boulot. Il s'est détourné de sa dernière œuvre, dégoûté de lui-même peut être, et sûrement, par la suite, de nous.

 

Force nous est d'admettre que dieu créateur est un bien piètre artiste. A un concours d'entrée dans une école des beaux arts il aurait été blackboulé immédiatement. Encore eût-il créé un seul homme, le premier, bon, il aurait raté son coup et puis basta ! On ne peut pas tout réussir. Mais sans doute content de lui, du moins sur le moment, il a programmé l'espèce humaine pour qu'elle se multiplie à l'infini. Il a bien eu un coup de cafard et a tenté de détruire son œuvre. Il a envoyé un bon déluge bien ravageur. Hélas, il gardera Noé et sa famille et leur donnera pour mission de repeupler la terre. Bonjour la consanguinité ! De temps en temps il envoie une créature élue pour tout anéantir. Mais ça ne marche pas, l'humanité renaît de ses cendres. Sans le savoir, dieu a créé un phénix ! Nous lui collons aux doigts comme le sparadrap du capitaine Haddock. Il ne peut plus se débarrasser de nous. Dieu ne peut pas se débarrasser de l'homme !

 

Admettons que dieu existe. Admettons alors que nous ne procédons en fait que de son incompétence et de ses cafouillages. J'ignore ce que ce fameux cinquième jour il a voulu bricoler, dans quel état physique et psychique il se trouvait, ce qu'il avait consommé comme substance psychotrope, mais il nous faut admettre que c'est raté. Et si nous sommes, chacun, chacune, d'entre nous à l'image de dieu, hé bien je comprends aisément les laideurs de cette humanité à laquelle, trop souvent à mon grand désespoir, j'appartiens.

 

Il n'y a pas de quoi en être fier et voilà qui devrait nous rabaisser le caquet. Voilà qui devrait nous empêcher de nous prosterner devant son image, enfin l'image que nous en traçons, en le suppliant de nous guérir de tous nos maux. Comment pourrait-il nous en guérir ? C'est lui la source, l'origine de tous nos malheurs. Dans sa grande maladresse, il ne nous a pas programmés pour le bonheur. Quand il nous a créé, il faut croire qu'il n'avait que des matériaux défectueux. Nous sommes remplis de vices de construction. Bien sûr, il nous a octroyé quelques grammes de matière grise supplémentaires pour nous distinguer de tous les autres êtres vivants. Mais est-ce vraiment un cadeau ? C'est un cadeau empoisonné. Notre intelligence ne serait-elle pas qu'un bug de la divinité ?

 

Heureusement pour nous, dans sa grande bonté, dieu nous a donné la possibilité de l'orgasme. Mais je ne suis pas certain qu'il l'ait fait volontairement. Là, nous lui avons peut être totalement échappé.

 

 

 

 

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