LES PAUVRES BOUGRES DE LA LITTÉRATURE

 

 

Ils ne se voyaient pas déjà en haut de l'affiche. Ils se croient et congénitalement en haut de l'affiche. C'est presque un droit divin. Et ça se bouscule sur les sommets. Il y a du monde qui prétend à la première place.

 

Ce sont des auteurs, des poètes, des romanciers, des trilogistes, des artistes, des créateurs tous séro positifs au test de la nullité. Tireurs de l'alexandrin au kilomètre, rimeurs du pauvre, prosateurs rois du mauvais copié/collé, ils se donnent de grands airs et en se qualifiant mutuellement de génies, se contemplant avec délectation dans l’image de l'autre nullité d'en face, leur parfait reflet. Parce qu'ils se trouvent plus beau que l'autre. Et quand ils se complimentent c'est avec avec le poignard de la jalousie aux dents.

 

Qu'un Nobel ou un Goncourt soit contesté, qu'une célébrité chute de son piédestal, qu'un auteur fasse scandale parce que non politiquement correct, alors vous allez voir tous ces vertueux, ces gens de bien, ces braves gens, en appeler quasi au meurtre, à la guillotine, en tous cas réclamer la peine la plus lourde, condamner avant le jugement le malheureux ou la malheureuse qui font la une de l'actualité. Là éclatent leur ressentiment, leur aigreur, leur envie, leur frustration. Ben non, tout le monde n'est pas Aragon ! Et les plus acharnés sont les moins talentueux.

 

Rien de ce qu'ils écrivent n'est d'eux. Lisez bien. C'est du mauvais Hugo, du mauvais Lamartine, du pas bon Baudelaire. Ils n'écrivent pas, ils n'inventent pas, ils ne créent pas. Ils imitent, petits singes maladroits, ils imitent les plus grands parmi les plus grands. Et comme ils n'y comprennent rien, ils imitent très mal. On n'écrit plus comme Ronsard, Hugo, Baudelaire, Verlaine et autres Rimbaud ou Éluard. C'est fini tout ça, même si les précités, et avec d'autres, resteront longtemps encore dans les mémoires littéraires.

 

Ils poétisent, ils rimaillent ces braves gens, ces gens de bien et de vertu ces humanistes de l''ordinateur, ces charitables du clavier, qui nous pleurnichent du vers poétique sur les misère du monde. Sur l'enfant qui souffre ou sur le chien qui meurt, sur les espèces animales disparues du pithécanthrope et sur les morts d'une tornade en Haïti. Ils ont quand même un curieux mélange des valeurs. Ils pissent de la compassion et de l'amour universel à plein sonnet.

 

Ce sont ceux là aussi qui nous bassinent avec leur clébard à la gomme, leur matou à la noix, leur wapiti savant, perchés sur la pile de leurs chefs d'oeuvres invendus. Ils peuvent aussi écrire des pages, mauvaises, sur leur maladie que personne ne veut prendre au sérieux. Faut bien qu'ils trouvent un sujet de plainte, ils n'osent tout de même pas se plaindre de leur manque de succès et de reconnaissance. Peut être que là, il leur reste une petite once de lucidité sur eux-même.


L'amour justement, leur thème de prédilection. Mais ça chie de la guimauve sous les roses ou la dentelle ! Car ils postent toujours une photo, qui n'est pas d'eux, avec leurs petits poèmes. Leurs petits poèmes remplis d'un ridicule qui se voudrait du romantisme.

 

Oh, je sais bien tout ce que l'on va m'objecter. Depuis que j'ai renoncé à la poésie, je ne parle plus que dans l'amertume. Mon échec (mais lequel au fait ?) me rend hargneux. Si ces gens là se font plaisir pourquoi leur en vouloir et les déchirer à pleines dents ? Mais bon dieu, s'ils se font plaisir, s'ils s'éjaculent dessus, tans mieux pour eux ! Je ne leur en veux pas. Ce que je leur reproche, parce que là c'est indécent, c'est d'exhiber leur onanisme littéraire, de gicler leur orgasme à la face du monde. On va ne dire aussi que ce n'est pas parce que je n'aime plus poétiser qu'il faut en dégoûter les autres. Mais bon dieu, qu'ils poétisent, qu'ils poétisent s'ils aiment ça. Mais si nul n'est tenu de partager les plaisirs d'autrui, personne ne peut imposer le partage de ses plaisirs au reste de l'humanité. Tout ce que je dis là ne vient que de mon ressentiment. D'accord, j'en accepte l'augure. Si l'on veut. Parce que je n'ai plus eu le courage d'écrire et de m'exposer, parce que je suis déçu, frustré d'une célébrité qui n'est jamais venue (et que d'ailleurs je n'ai jamais cherchée, par mon manque total et congénital d'ambition personnelle).

 

Alors mais pourquoi, à quoi ça sert ?

Au moins à dire une fois ce que tout le monde pense et que personne ne dit jamais parce que, sachez le bien, dans un la république des lettres il y a aussi un politiquement correct qui, comme dans le reste de la société, nie le talent, refuse le génie, part du principes que nous sommes tous hyper doués, qu'ils ne peut pas y avoir de mauvais. Nous sommes tous dignes du prix Nobel et du Goncourt réunis. Signe des temps que ce nivellement par le bas, que ces louanges de la médiocrité. Je déconne ? Bon, on fait une expérience. Allez sur les réseaux dits sociaux. Allez lire un petit poème ou deux qui ne vaut pas tripette. Commentez le en disant que franchement c'est mauvais. Mais dites le aimablement. Une critique constructive. Rien de hargneux, de méprisant. Pas d'agressivité. Mettez y même un peu de gentillesse. Et vous allez voir le résultat. Je vous parie ce que vous voulez contre n'importe quoi. L'auteur, malgré tous vos efforts va prendre ça pour une déclaration de guerre. Comment ? Vous n'aimez pas ? Là, c'est le conflit ouvert. Ses amis rappliquent, prennent sa défense et vous tombent dessus. On va vous surveillez et peut être vous « signaler ». C'est ainsi que l'on appelle la délation et la calomnie sur FaceBook.

 

S'il est une chose que je ne supporte pas c'est l'hypocrisie. Et alors là, dans ce petit monde de petits littérateurs qui n'auraient jamais eu aucune audience sans l'arrivée d'internet, l'hypocrisie règne en maitresse absolue. Rencontrez séparément deux de vos « contacts ». Et vous allez passer avec l'un comme avec l'autre d'un délicieux moment de langue de pute. Tout le monde daube sur tout le monde. Ça peut aussi se faire en MP (message personnel pour les non initiés)

 

Les deux exemples que je viens de vous donner, croyez moi, c'est du vécu. Qu'on ne dise pas que je ne sais pas de quoi je parle. Je pourrais alors rafraichir quelques mémoires « défaillantes ».

 

Bon, je veux terminer sur une note positive. Sur internet, il y a des gens qui ont un réel talent. Poésie, littérature, peinture, sculpture, photographie et j'en passe. Éh bien, voulez-vous que je vous dise ? Ce sont ces gens là qui font le moins de bruit. Ils posent leur boulot, l'exposent, écoutent les critiques. Et n'étalent pas leur vie à longueur de page. Ils ne s'exposent pas eux. Ils montre leur travail. L'artiste s'efface devant son œuvre. Des gens comme ça existent. J'en ai rencontrés. Certains sont de mes amis.

 

Ceux là, celles là naturellement se reconnaîtront. D'autant plus facilement que je n'hésite pas commenter, à faire au moins un petit signe pour leur dire que j'apprécie leur boulot. Les autres je ne leur parle pas. A quoi bon ? Pas envie de déclencher une guerre parce que j'aurai dit je n'aime pas.

 

Je ne me prétends pas plus doué qu'un autre. Sûrement pas. Peut être même moins. Sûrement bien moins que certains ou certaines. Heureusement que je n'ai aucune ambition personnelle. Mais outre le fait d'avoir perdu le feu sacré de la poésie, de ne plus prendre le moindre plaisir à en écrire, j'ai voulu fuir ce microcosme virtuel absolument insupportable.

 

Je vais encore me faire des almis moi...